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etlevinfut
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Trebinje, capitale des vins bosniens

Messagepar etlevinfut » 05 déc. 2016 21:56

Après la Bulgarie, mon arrivée à Trebinje ne doit rien au hasard. Bordée par la Trebisnjica, cette charmante petite ville est le départ (ou l'arrivée) de la route des vins bosniens créée en 2007. Elle suit la magnifique Neretva pour rejoindre Mostar. Son pont, sa rivière et son petit centre historique sont bourrés de charme. Tout est réuni pour passer des jours agréables...

A peine arrivé, je vous conseille de louer une bicyclette (je sais, depuis la Slovénie je ne m'en passe plus...) et de vous promener dans les alentours. Le paysage est magnifique et les vignobles sont tous situés à proximité. Mon choix s'arrête alors sur Andelic Winery. Je suis merveilleusement reçu par Milena, petite-fille de celui par qui tout a commencé: Sava. 17 ans et pleine d'assurance, on débute par le Zilavka 2015, cépage blanc typique du sud bosnien. C'est frais, vif sur la granny et la poire, parfait pour se désaltérer sous cette chaleur... Et à 6€, remets-en une tournée ! Celle-là, c'était pour les enfants. Maintenant, Milena passe directement à la star des cépages balkaniques: le Vranac. Si vous voyagez dans le coin, vous ne pourrez y échapper. Cépage au bleu bien foncé, il rend des vins denses, charnus et puissants. Ce millésime 2012, après 3 ans en grosse barrique, ne déroge pas à la règle mais surprend par son velouté. A 6€, remets-en encore une tournée Milena...mais avec quelque chose à manger tout de même. D'autant que le Tribun 2012 avec le Cabernet Sauvignon et le Merlot (15%/15%) reste encore jeune... Mais ça c'était avant. Avant que le Vranac Selection fasse son entrée. Un 2011 tout en chocolat, caramel et "toffee" avec un final rafraîchissant sur les fruits rouges. A 10€, remets-en une deux plusieurs tournées ! C'est donc avec plaisir que je trinque en l'honneur du papy Sava, aujourd'hui nom du rakia de la maison dont le portrait s'exprime fièrement sur l'étiquette. Oui, il faut le savoir: terminer un repas sans l'eau-de-vie locale, c'est peu courant quand même... Soyez prêt ! Merci Milena pour ce moment convivial. C'est donc plein d'enthousiasme que je remonte sur ma bicyclette et me rend dans le domaine Petijevic. Bon soyons clair, mon enthousiasme va en prendre un coup avec deux vins: un Zilavka 2015 et un Vranac 2015. Ici, on ne veut pas entendre de fût, de vieillissement, ... Seulement du vin jeune, léger, à consommer tout de suite ! Sauf que c'est pas terrible... Entre le blanc neutre et le rouge agressif, vous pouvez passer votre chemin. Et de continuer quelques kilomètres plus loin pour arriver au magnifique Monastère de Tvrdos.

Fondée au IVe siècle, détruit 7 fois et définitivement reconstruit au XVe siècle, ces moines orthodoxes ce sont spécialisés dans la production de vin depuis le XVIe siècle. Histoire, architecture, vin, ... tous les éléments sont donc réunis pour passer un bon moment. D'autant que l'endroit est magnifique... avant la déception. Accueilli froidement par Miroslav, il a littéralement "vomi" son discours, sans prêter attention aux questions. Se vantant de financer 30 églises catholiques détruites durant la guerre grâce aux revenus de la vente du vin, ce dernier est selon lui un moyen de subsister. Jusque là, l'homme n'est pas sympathique mais le discours constructif. D'où ma réflexion: "c'est un bon business pour continuer d'exister". Qu'est-ce que j'avais pas dit !!! Il est resté choqué que je puisse penser à un "business". D'où la réponse expéditive: "ici, ce sont des moines qui vivent sobrement, refusant d'agrandir leurs exploitations pour rester concentrés sur la qualité. Ce n'est donc pas un business mais une passion". Bon, je n'insiste pas. Il continue, légèrement offusqué. Mais son discours va involontairement aller dans mon sens. Lorsque j'apprends que 10 moines seulement vivent ici, produisant 300 000 bouteilles/an, le "vivre sobrement" en prend un coup. Lorsque j'apprends que 50% de la production est exporté, l'idée du business semble se confirmer. Et lorsque j'apprends que ce monastère vend 50€ une bouteille et fait payer 1,5€ le verre de dégustation, la passion a un prix qui s'appelle business. Et les vins dans tout ça ? Vous vous doutez bien que mon avis a finalement était biaisé par mon ressenti général. En essayant de rester "objectif", voilà ce que j'en ressors tout de même: le Zilavka 2015 est typiquement vif, frais et citronné...mais à 10€, je freine / le Vranac 2013 se noie dans la vanille américaine, à la limite du maquillage / le Cabernet Sauvignon 2012 est de bonne facture mais forcément trop jeune. Dommage. Heureusement, il reste une dernière visite, beaucoup plus légère. En bicyclette pour Vukoje winery. Cette jeunette de 34 ans (fondée en 1982) possède 30 hectares et n'hésite pas à sortir des sentiers battus.

Issue d'une famille bosnienne, elle s'émancipe du régime communiste en 1996. Et oui, depuis 1982, la production était théoriquement réservée à une consommation personnelle ou pour les restaurants, avec l'interdiction de vendre aux particuliers et encore moins à l'étranger. Maintenant, ce domaine s'est converti à l'oenotourisme avec hôtel et restaurant. C'est donc tranquillement installé en terrasse avec vue sur la ville que je débute une dégustation de 3 vins. Un nouvelle se présente alors à moi nommée Tamjanika.

Typiquement balkanique, cette variété tire son nom du "tamjan", une résine très aromatique. Et il est vrai que le 2015, avec son vert bien pale, fait ressortir cet arôme, accompagné de pétales de rose, de citron vert, voir même un nez pétrolé. A l'aveugle, j'opterai pour un riesling. Mais en bouche, on est loin de l'élégance de la Moselle, avec une acidité très (trop?) élevée, à la limite du pamplemousse pas mûr. Mais content de l'avoir connu tout de même. Je me dirige alors vers la spécialité de la maison: le Vranac. Oui je sais, pas très original. Mais Vukoje en produit 4. Je choisis le Réserve 2010, dont la vendange est retardée, créé seulement les meilleures années et restant 18 à 32 mois en barriques françaises et slovènes. A l'oeil, son grenat intense vous appâte. Au nez, le mélange figue/café/ chocolat est un délice. En bouche, c'est élégant mais manque de longueur. 17€ tout de même... Bon, j'insiste pour essayer de découvrir une perle rare en tentant leur Syrah (oui je sais, venant de ma part, pas très original...). Un joli ruby séduit l'oeil, du caoutchouc, du goudron et de la réglisse sautent au nez et une acidité trop présente vous agresse en bouche, conjointement avec les tanins astringents.

Finalement, Andelic restera mon chouchou et l'idée de découvrir cette séduisante bourgade parsemée de vignobles en bicyclette aura été la meilleure partie de la dégustation...

Article original: http://etlevinfut.com/trebinje-capitale ... -bosniens/



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Greg v
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Re: Trebinje, capitale des vins bosniens

Messagepar Greg v » 05 déc. 2016 22:26

Ce que tu dis du Monastère de Tvrdos fait penser au côté business des vins de l'Abbaye de Lérins ... sauf que les vins y sont bons.

Merci pour cette nouvelle contribution :good:



etlevinfut
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Re: Trebinje, capitale des vins bosniens

Messagepar etlevinfut » 06 déc. 2016 10:17

Je ne suis jamais allé à l'abbaye de Lérins, donc je ne peux confirmer. Mais je me faisais une joie de découvrir ce lieu, dont la renommée est tout de même importante en Bosnie. D'autant que le lieu est vraiment beau. D'où une déception forcément plus grande car j'attendais autre chose.

Je vais bientôt préparé un article sur la Serbie, dont une dégustation assez incroyable !




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