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EricC
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Jacques Dupont (journaliste spécialisé)

Messagepar EricC » 15 déc. 2016 09:39

En attendant de recevoir du Père Noël son dernier ouvrage "Le Vin et moi", le site All About Burgundy publie un entretien avec Jacques Dupont, intitulé "Je suis inquiet pour la Bourgogne", mais qui parle principalement d'autre chose :
Les grands auteurs ont célébré l’ivresse pendant 2 000 ans : il suffit de lire Horace, Virgile ou Baudelaire. Aujourd’hui, le politiquement correct ne nous en donne plus le droit. Ça ne passerait pas du tout. On a ramené hypocritement le plaisir de boire du vin au plaisir de la « dégustation ». Aujourd’hui on met beaucoup de mots sur du vide. On déguste mais tout le côté convivialité qu’apportait une légère ivresse, de partager à table, tel que le concevait Voltaire par exemple, on le gomme.
(...)
Il existe une culture un peu bizarre du vin qui entretient la confusion entre l’œnologie et la dégustation. Les gens disent : « Je prends des cours d’œnologie ! » Non, ils ne prennent pas des cours d’œnologie, ils n’apprennent pas la biochimie. On a enveloppé le plaisir de boire du vin dans un discours pseudo-scientifique. Les œnologues sont des gens au service du vin, et ils le font très bien, mais qui sont aussi des traqueurs de défauts.
(...)
Enfin, je crois que le vin populaire a disparu de nos sociétés. On est dans le vin élitiste. Quand on dit que beaucoup de jeunes s’intéressent au vin, si on y regarde de près, il s’agit des jeunes de l’élite, des grandes écoles.
(...)
Je goûte à l’aveugle pour me débarrasser de l’idéologie. Je suis d’accord avec Roger Dion lorsqu’il dit qu’il y a un tiers de géographie et deux tiers d’histoire dans un verre de vin. Si on remplace l’histoire par deux tiers d’idéologie, le vin devient bête. On ne déguste plus en fonction de son goût et de son plaisir mais en fonction d’une idéologie. Je ne défendrais pas un vin simplement parce qu’il est en biodynamie. De même si le vin « naturel » est très bon, tant mieux. S’il est mauvais, il n’est pas retenu. On ne reconnait pas à l’aveugle un vin en bio ou biodynamie. Il y a une chose que l’on reconnait : c’est le travail du sol dans les vignes.
(...)
Le métier de journaliste c’est de témoigner, de raconter des histoires. C’est pour cela que je crois beaucoup au journalisme du vin. Chaque année, partout où je vais, je découvre ou redécouvre des vignerons.
(...)
Le vin c’est le génie humain. Le premier signe de civilisation, c’est la maitrise de la fermentation. Dire que l’idéal c’est le vin naturel, qu’il serait une génération spontanée, comme une espèce de résurgence divine… Oui, tout ça m’emmerde complétement. A partir d’un même terroir, l’homme va apporter des choses différentes, suivant son intelligence, sa perception. C’est un équilibre entre la nature et l’homme. Les grands terroirs sont toujours dans des zones marchandes, de commercialisation. Les évêques d’Autun n’ont pas développé la Côte de Beaune ou de Nuits parce qu’un jour Dieu leur est apparu disant : « Vous avez là de grands terroirs sous les cailloux ». Ce n’est pas Neptune qui a suggéré aux gens autour du port de Bordeaux d’aller planter du cabernet-sauvignon. Vous ne verrez pas de grands vins dans les zones où il n’y a pas de circulation.



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EricC
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Re: Jacques Dupont (journaliste spécialisé)

Messagepar EricC » 15 déc. 2016 09:40

... et sur la Bourgogne, pour finir :
Pour terminer, comment voyez-vous évoluer la Bourgogne depuis toutes ces années passées à la suivre ?

Je suis inquiet. Pas sur le plan des vins : on a jamais bu aussi bon en Bourgogne. Mais l’état du vignoble m’inquiète un peu du fait des maladies (ndlr : entrainant le dépérissement des vignes). La Bourgogne s’intéresse peut-être un peu moins aux nouvelles formes de tailles que d’autres régions. Il y a aussi un problème de prix qui éloigne le consommateur français. Je pense qu’il va y avoir des concentrations. Les vautours sont sur les piquets de vignes. Cela fait monter le foncier. Un vigneron bourguignon a beaucoup de mal à acheter des vignes là où il est.
Il y a tout de même des conséquences positives avec la montée en puissance d’appellations « périphériques » : la côte chalonnaise ou même l’Yonne. Les vins s’y sont beaucoup améliorés. D’anciens terroirs pourront être replantés avec le changement climatique. Mais sur le « cœur » de la Bourgogne, je suis un peu inquiet.



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Greg v
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Re: Jacques Dupont (journaliste spécialisé)

Messagepar Greg v » 15 déc. 2016 11:44

On ne reconnait pas à l’aveugle un vin en bio ou biodynamie. Il y a une chose que l’on reconnait : c’est le travail du sol dans les vignes.


Ca c'est peut être vrai. Encore une idée de thème de dégustation!



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sebovino
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Re: Jacques Dupont (journaliste spécialisé)

Messagepar sebovino » 15 déc. 2016 13:36

Déjà que le thème VIN BIODYNAMIQUE vs VIN CONVENTIONNEL (sols peu ou pas travaillés) n'est pas facile mais alors le thème VIN SOL TRAVAILLÉ vs VIN SOL NON TRAVAILLÉ...bon courage...pour la reconnaissance ET le choix des vins :)


La minéralité est au vin ce que la latéralité est au manchot unijambiste. Mao Tatsé Tong!


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